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Histoire du flamenco

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EXPOSE PEDAGOGIQUE SUR LE FLAMENCO



INTRODUCTION



Le flamenco n’est pas seulement un style musical, c’est un art de vivre, presque une philosophie, dont la genèse et l’histoire sont très floues. Il subsiste beaucoup de zones d’ombre du fait qu’il n’y a pas de tradition écrite, cela au moins jusqu’au 19ème siècle. Le flamenco est un art qui se transmet oralement de génération en génération.

Les avis sont très partagés entre d’un côté ceux qui estiment que le flamenco est un art typiquement andalou, qui ne doit rien à l’apport des Gitans, et d’un autre ceux qui pensent que le flamenco n’aurait sans doute jamais émergé sans les Gitans. Cette dernière thèse étant la plus communément admise.

On ne peut aborder l’histoire du flamenco et la compréhension de son apparition sans parler d’abord de l’histoire du peuple gitan. Faisons donc un petit retour en arrière de plusieurs siècles pour savoir comment ce peuple est arrivé dans la péninsule ibérique.



HISTOIRE DU PEUPLE GITAN



Bahran V, roi de Perse entre 420 et 438, aurait fait appel à son beau-père, souverain d’un petit royaume indien, lui demandant qu’il lui envoie 10000 artistes pour divertir les gens les plus démunis, les plus misérables de Perse (plusieurs textes font état de ce récit et divergent uniquement sur des détails).

Ils partent donc d’Inde à pied avec femmes, enfants, instruments, tous sont plus ou moins artistes : chanteurs, danseurs, musiciens, jongleurs…

Arrivés en Perse, ils sont accueillis, le roi ordonne qu’on leur donne à chacun un âne, un bœuf et mille charges de blé en échange de leur musique. Un an après il ne leur reste que leurs ânes, ils ont mangé les bœufs et le blé sans penser à le semer, ce qui leur aurait permis de subvenir à leurs besoins sur une longue période. Ils n’ont pensé qu’à faire de la musique, divertir les gens et se divertir eux-mêmes. Ils vont demander au roi de quoi manger pour survivre, mais le souverain refuse et les expulsent même de Perse.

Ils partent donc en errance avec leurs ânes et leurs instruments et après un long périple, qui les a mené à travers la Grèce (qu’on appelait la petite Egypte), à Rome et au Vatican, certains se sont installés en Europe de l’Est (les Tziganes et les Roms), d’autres en France (les Manouches) et enfin les Gitans sont arrivés en Espagne au début du XVème siècle.

Dans un premier temps ils y sont très bien accueillis, on leur donne libre accès à toutes les villes et cités, on leur permet de mener leur vie de saltimbanque et de nomade.

(Aparté sur le mot «gitan» : comme on pensait qu’ils venaient de la petite Egypte, alors qu’ils n’ont fait qu’y transiter, on les surnommait en espagnol «los egiptanos», qui par déformation phonétique est devenu «los gitanos»)

Pendant la période d’invasion arabe (711 à 1492), toutes les communautés se côtoyaient en bonne entente. L’envahisseur n’avait cherché à imposer ni ses coutumes ni sa culture. Mais quand les Maures furent expulsés (Grenade dernière ville libérée le fût en 1492), cette tolérance culturelle pratiquée par les Maures ne survécut pas à leur départ. Des lois contre les Gitans, mais aussi contre les Juifs et les Arabes restés en Espagne, sont promulguées à partir de 1499.

Exemple de loi : « nous mandons aux Egyptiens qui errent dans nos royaumes et seigneuries avec leurs femmes et enfants que du jour où cette loi sera notifiée et proclamée en notre cour, villes, villages et cités, en un délai de 60 jours suivant cette date, chacun vive de son métier reconnu et loge en la maison du maître qu’il sert. Si les Gitans sont pris en défaut, qu’on leur donne 100 coups de fouet et qu’on les exile du royaume. S’ils récidivent, on leur coupera les oreilles et après les avoir enchaînés 60 jours, on les expulsera. A la troisième fois, ils seront considérés comme esclaves à vie de celui qui les aura découverts ». C’est une loi similaire à celles qui à la même époque visaient aussi bien les morisques (musulmans convertis de force au catholicisme entre 1499 et 1526) que les Juifs.

La persécution va durer 200 ans, pendant lesquels les Gitans vivent souvent cachés dans les montagnes et dans les grottes, où ils vont, pense-t-on, continuer à jouer de la musique, mais de manière interne dans le cercle familial. D’autres se sont adaptés aux lois et ont continué à faire de la musique de manière officielle et au grand jour, principalement dans les cérémonies religieuses. Puis à partir de 1783, avec Charles III, on va tenter de les réhabiliter en procédant à leur intégration complète, ce qui aurait pour effet d’effacer leur identité gitane. A partir de cette date on peut dire que le Gitan se retrouve dans une situation d’égalité juridique avec les autres espagnols. Ce nouveau statut a certainement joué un rôle dans l’apparition du chant et de la danse flamenco.

 

APPARITION DU FLAMENCO

 

Le flamenco naît au grand jour au début du XIXème siècle. Bien que dès 1770, des récits, écrits par des voyageurs étrangers principalement, décrivent des scènes avec chant, danse et guitare, qui pourraient être les prémices de ce qu’on allait désigner par le terme Flamenco, qui n’était pas encore utilisé dans ce sens là.

Nous allons distinguer quatre grandes étapes dans l’histoire de cette musique. 

1°) de 1800 à 1850

Le flamenco naît dans le cadre des fêtes de village et dans les auberges. 

2°) de1850 à 1910 

C’est le début de la professionnalisation avec l’apparition des cafés cantantes, créés à la manière des cabarets parisiens.

C’est une période où le gitanisme devient à la mode. Le mot « gitan » perd la connotation péjorative qu’il avait auparavant, tout ce qui est gitan est apprécié, aussi bien en musique que dans les autres arts : Bizet compose Carmen en 1875 d’après une œuvre de Mérimée écrite en 1845. Dans les cafés cantantes se côtoient tout le monde, les gitans, les payos (gadjo), les bourgeois, les prolétaires …

Cette époque des cafés cantantes est l’âge d’or du flamenco. Cette émergence est due en grande partie à un certain Silverio Franconetti, qui n’était pas gitan. De père italien et de mère andalouse, il naît à Séville en 1829. Il était un très bon chanteur et c’est lui qui a ouvert le premier café cantante dans sa ville natale vers 1880, où il réussit à convaincre les gitans de se professionnaliser en venant chanter. Les cafés cantantes se sont ensuite étendus à toute la région andalouse et même jusqu’à Madrid. 

3°) de 1910 à 1936 

C’est l’époque du flamenco théâtral. Elle est jugée comme l’époque décadente du flamenco. Les cafés cantantes ferment progressivement. Le flamenco perd son âme de chant rustre, brute et minimaliste pour devenir un chant avec orchestre, chanté par des belles voix, alors que le flamenco c’est tout sauf du bel canto. En quelque sorte il se commercialise, il cherche à plaire en s’éloignant de sa raison d’être initiale.

En réaction à ce phénomène, pour essayer de redonner vie à l’âme du flamenco puro, Manuel de Falla et Federico García Lorca créent en 1922 un concours national de cante jondo, ouvert aux chanteurs amateurs respectueux du style ancien. Mais ce fut un échec, car à quelques exceptions près (comme par exemple le chanteur Manolo Caracol) les gens du peuple n’avaient pas gardé un héritage intact de ce flamenco originel. Le flamenco semblait donc condamné à évoluer, même Manuel de Falla composa du flamenco théâtral (El amor brujo, El tricornio…).

Mais Lorca avait tout de même prédit qu’un jour ou l’autre l’âme du flamenco initial reviendrait au grand jour, peut-être sous une forme différente. 

4°) depuis 1950 

La prédiction de Lorca se vérifie à partir de 1950, on voit réapparaître un intérêt pour le « véritable » flamenco. Le flamenco prend deux voies différentes : on trouve d’une part les traditionalistes fidèles à des styles bien établis et d’autre part les modernistes fidèles aussi à l’essence originelle de leur art mais qui l’adaptent à l’époque dans laquelle ils vivent, en y apportant d’autres influences comme le jazz ou la musique latino-américaine. On peut citer dans les modernistes Camaron de la Isla pour le chant et Paco de Lucia pour la guitare. Bien qu’apparemment antagonistes, ces deux voies sont complémentaires, car le flamenco est comme l’Andalousie, c’est une terre qui trouve sa raison d’être dans la diversité et où tous les protagonistes sont conscients que cette diversité est enrichissante. Il est bon de penser que le flamenco va encore évoluer, ce qui montre que ce n’est pas une musique morte. 



ESTHETIQUE DU FLAMENCO 

Le flamenco est avant tout le cri d’un peuple qui a longtemps vécu dans l’oppression, dans cet aspect là il est très proche du blues. Mais il ne faut pas oublier que le flamenco n’est pas qu’une musique, c’est aussi une façon d’être, une attitude face à la vie, une façon de voir le monde. L’écrivain Tomas Borras en parle très bien quand il écrit : « Etre flamenco c’est avoir une autre chair, une autre âme, d’autres passions, une autre peau ; c’est avoir une autre vision du monde, c’est posséder le destin dans la conscience, la musique dans les nerfs, la fierté dans l’indépendance, la joie dans les larmes ; c’est la peine, la vie et l’amour porteurs d’ombres. Etre flamenco c’est haïr la routine castratrice ; c’est enfin s’imbiber dans le cante, dans le vin et dans les baisers ». Je rajouterai une citation lue dans un café  « être flamenco c’est dire : fontaine je boirai de ton eau ».

Quand on parle de flamenco on se doit de parler du mot DUENDE, on ne sait pas d’où vient ce mot, il est intraduisible, indéfinissable. Dans les contes, il est le nom qu’on donne aux lutins, aux petits esprits malicieux. García Lorca en parlait comme d’une chose impalpable, indicible, incommunicable par d’autres voies que la télépathie. Pour Goethe, le duende désignait un pouvoir mystérieux que tout le monde ressent et qu’aucun philosophe n’a pu expliquer.

On peut le définir comme un état de transe, un état quasi hypnotique dans lequel on tombe quand on se laisse prendre, envoûté par le chant, par la danse, par la musique, et les éventuels verres de vin bus auparavant. 

TECHNIQUE DU FLAMENCO

 

Musicalement, le flamenco est issu du métissage de plusieurs cultures. Quand les Gitans entrent en Espagne, la musique andalouse est déjà le fruit d’influences byzantines, juives, maures et évidemment espagnoles. Les Gitans ajoutent leurs influences propres et celles des pays qu’ils ont traversés.

Autant d’influences ont donc abouti à la naissance d’une musique riche et variée. On compte plusieurs dizaines de genres différents, classés par famille (cf. arbre généalogique). Cette liste n’est pas exhaustive, il existe beaucoup d’autres genres, certains par exemple sont similaires à un style chanté existant mais consistent en une version destinée à la danse. 

Les chants primitifs :

Tonas => rythme libre non mesuré sans accompagnement, a palo seco

Siguiriyas, soleares => séquences de  12 temps avec des temps forts placés à des endroits précis.

Tangos => rythme à 4 temps

Fandangos => généralement à 3 temps 

Chaque style a une ambiance propre et sert à exprimer tel ou tel sentiment, il est joué à la guitare dans une tonalité « digitale » spécifique, c’est-à-dire que l’on garde les mêmes doigtés, les mêmes positions d’accord et que l’on utilise un capodastre pour changer de tonalité selon la tessiture du chanteur ou pour obtenir un son plus ou moins percussif.

Nous avons un système rythmique qui s’inscrit le plus souvent dans une période de 12 temps avec des accents sur les temps 3  6  8  10  12. Malgré une rigidité apparente, cela permet d’élaborer des formules multiples grâce à des syncopes, à des silences, à des accélérations. Ces formules s’appellent compas , ils sont classés d’après leur schéma de base, leur tempo, leur mode ou leur tonalité. Le guitariste utilise principalement le mode phrygien (ou mode de Mi), mais aussi les tonalités majeures et mineures, le chanteur utilise aussi d'autres découpages de la gamme ou du mode avec notamment l'emploi d'intervalle de quart de ton.

CONCLUSION 

Pour terminer, je vous laisse méditer cette citation de je ne sais plus qui : «Amis, méfiez-vous de la fureur du flamenco. Il déroute ou il séduit, il passionne ou il irrite, mais il ne peut laisser indifférent. Sous les apparences d’un vin trop capiteux, il peut agir comme un poison mortel et si vous vous laissez aller à lui ouvrir un jour le chemin de vos sens les plus profonds jusqu’à cet endroit mystérieux où se tapit l’énigme du duende, alors tel le regard de Carmen, il ne vous lâchera plus jamais».



Joaquim Garcia, 2003